Haiti Climat édition # 21 avec Agr. Roben SENATUS spécialiste en gestion des déchets, cadre au SNGRS


par Haiti Climat | février 12th, 2020





Ce jeudi 13 février 2020, Haiti Climat lance la première édition de sa série d’émissions spécialement consacrées à la problématique de la gestion des déchets en Haïti.

Notre invité : Agr. Roben SENATUS, spécialiste en gestion des déchets, cadre au SNGRS

Thème : Problématique de la gestion des déchets en Haïti, enjeux et défis pour le SNGRS

Soyez branchés Magik 9 (100.9 fm) entre 9h-10h am. L’émission sera reprise à 9h pm, et disponible en podcast sur notre siteweb www.haiticlimat.com

Dans les émissions HaitiClimat du 23 et 30 janvier 2020, le sujet central tourne autour de la question d’aménagement du territoire dans une optique de développement durable. James Darbouze, philosophe et chercheur, Newdeskarl Saint-Fleur, docteur en géophysique, Rose May Guignard, architecte et professeure en politiques urbaines, sont donc invités à interagir en leur qualité d’experts en environnement et en urbanisme.

Le processus de développement d’un pays passe aussi par l’aménagement de son territoire. D’où le bien-fondé de cette problématique : comment tirer profit de l’espace que nous occupons pour mieux faire face à nos besoins quotidiens ? Après le séisme du 12 janvier 2010, d’aucuns voyaient une opportunité pour le pays de changer de cap. On espérait pouvoir faire autrement. On y croyait. Mais une décennie plus tard, il n’en est rien. Bien au contraire, le panorama proposé offre un spectacle plutôt alarmant.

La région métropolitaine en est une parfaite illustration. Durement touchée par le séisme de 2010, cette partie du pays connaît un essor démographique très significatif après la catastrophe. Rien qu’à Canaan, l’on comptait déjà 300 000 habitants entre 2010 et 2015. Cette ville, fondée il y a tout juste 10 ans, est l’une des conséquences directes du séisme. C’est aussi un marqueur important de l’extension de l’aire métropolitaine qui semble échapper au contrôle de nos gouvernants. Pour Newdeskarl Saint-Fleur, il n’y a qu’un seul responsable : l’État. « Nous avons un gros problème d’organisation qui cause une extension considérable et maladroite de l’aire métropolitaine, avance-t-il. C’est le fruit d’une mauvaise politique d’aménagement du territoire de la part de nos dirigeants ».

Rose May Guignard, architecte et urbaniste senior au CIAT (Comité interministériel pour l’aménagement du territoire) n’en dément pas : « Port-au-Prince est devenue un centre d’attraction encore plus important qu’avant le tremblement de terre. Car l’essentiel de l’aide humanitaire se concentrait dans cette zone ». Pour elle, nous avons raté le coche. « Nous (les autorités) n’avons pas su profiter du mouvement naturel des gens de la population port-au-princienne vers les villes de province. Tout est redevenu centré sur Port-au-Prince », regrette-t-elle.

Et pour cause, l’aire métropolitaine s’étire. Des bidonvilles gisent de partout. Le cas de Canaan interpelle l’architecte qui, encore une fois, pointe du doigt l’irresponsabilité des autorités étatiques. « Canaan existe parce qu’on l’a voulu. Ce qui s’est passé n’est pas anodin. Personne ne s’y est installé gratuitement, avise-t-elle. Canaan est un investissement immobilier fait dans la région métropolitaine. Dans cette transaction, il y ceux qui font leur beurre et d’autres qui ont laissé faire ».

Comment y remédier ?

Le philosophe-chercheur et expert en politiques urbaines, James Darbouze, propose un « changement de paradigme ». L’État doit s’impliquer davantage et ne peut plus laisser les gens construire selon leur bon vouloir. À l’entendre, la politique néolibérale des années 70 qui consiste à laisser libre champ aux populations dans la construction de leurs biens immobiliers ne cadre pas à notre réalité. « Dans le cas d’une population pauvre comme celle d’Haïti, où les gens construisent suivant leurs maigres moyens, cela a pour conséquence de créer une disproportion dans l’organisation de l’espace », souligne-t-il. Ce changement de paradigme paraît donc plus que nécessaire.

Pour Rose May Guignard, le son de cloche n’est pas différent. Il faut bâtir mieux. Bâtir comme à l’époque des années 60. Et pour cela, les instances étatiques concernées doivent se ressaisir et jouer leur rôle. D’après elle, l’absence de contrôle des autorités influe sur la mauvaise qualité des matériaux utilisés dans la construction et sur la prolifération des professionnels non-qualifiés dans le secteur. 12 janvier 2010 n’aurait pas lieu s’il y avait plus de sérénité.

Par ailleurs, elle fait remarquer que l’aménagement du territoire ne se résume pas uniquement au bâti. Il faut tenir compte des formes et des types de sol en question, du propriétaire et de l’usage qu’il en fait. Car l’aménagement du territoire doit être également vu dans une optique de développement économique. On doit pouvoir optimiser les capacités du sol.

En sa qualité d’urbaniste sénior au CIAT, Rose May Guignard croit que « le plus important dans la planification urbaine, c’est la collaboration institutionnelle ». Elle regrette que ce ne soit pas toujours le cas en Haïti. Et quand cela arrive, ce n’est que par contingence. « Ainsi, pas d’aménagement du territoire possible en Haïti sans un réaménagement institutionnel », soutient-elle.

Animée par Valéry Fils-Aimé et Patrick Saint-Pré, l’émission HaitiClimat est diffusée tous les jeudis entre 9h et 10h am sur Magik 9 (100.9 fm), et est disponible en podcast sur le site web : www.haiticlimat.com.

Par Romaric FILS-AIMÉ

La chronique d’Haïti Climat dans le Nouvelliste du 5 fevrier 2020

En matière d’aménagement du territoire, Haïti reste un très mauvais élève. L’urbanisation sauvage de nos villes en est la preuve. Le lourd bilan du séisme du 12 janvier 2010 a été la conséquence de notre refus ou notre incapacité à construire nos villes selon les normes. Les spécialistes le disent, ce n’est pas le séisme qui avait tué tant de gens en Haïti, mais nos constructions hors normes. Tout le monde, spécialistes et profanes, avait vu en la catastrophe du 12 janvier 2010 une opportunité de reconstruire le pays sur de nouvelles bases. On parlait même de l’an 0 en matière de construction du pays.

10 ans après, quel constat ? Il n’est pas exagéré de dire que le constat est accablant. On est tous d’accord que le pays a plus de bidonvilles qu’avant la catastrophe de 2010. De nouveaux quartiers sont construits en dehors de tout contrôle étatique. Les services de base y font défaut. Preuve que nous n’avions pas divorcé d’avec les mauvaises habitudes ayant transformé le séisme de 2010 en la plus grande catastrophe des temps modernes.

Comme avant 2010, l’État se croise les bras et laisse les citoyens construire leurs tombes. L’aménagement du territoire est resté le cadet de nos soucis. Pourtant, il est inconcevable que nous continuions de construire des villes, des quartiers sans penser aux biens et services qui doivent les accompagner. Il est inconcevable que nous continuions de construire dans des espaces qui devraient être réservés à l’agriculture. Il est inconcevable que nous continuions de construire sans prendre en compte les bassins versants et les nappes phréatiques. En agissant ainsi, nous mettons en péril notre existence de peuple. Nous fragilisons aussi l’héritage que nous devons transmettre à la génération future.

Voilà les constats qui ont porté HaïtiClimat à consacrer une série d’émissions, durant tout le mois de janvier, à l’urbanisation. Pour la dernière émission de cette série, soit notre 19e édition, nous avons donné la parole à Mme Rose May Guignard, architecte et urbaniste senior au Comité interministériel pour l’aménagement du territoire (CIAT). Cette émission réalisée le jeudi 30 janvier avait pour thème : «  Aménagement du territoire en Haïti, véritable enjeu de développement durable ? » L’émission est disponible sur le lien :http://haiticlimat.com/index.php/2020/01/29/haiti-climat-emission-20-avec-rose-may-guignard-urbaniste-sr-au-ciat/

Animée par Valéry Fils-Aimé et Patrick Saint-Pré, l’émission HaitiClimat est diffusée tous les jeudis entre 9h et 10h a.m. sur Magik 9 (100.9 fm), et est disponible en podcast sur le site www.haiticlimat.com

La chronique d’Haïti Climat dans Le Nouvelliste 

Haïti a commémoré, au cours du week-end écoulé, la première décennie du séisme du 12 janvier 2010. Beaucoup d’entre nous n’ont pas vu le temps passer tant les plaies laissées par la catastrophe ne sont toujours pas cicatrisées. Les histoires liées au séisme racontées dans les conversations privées, dans les médias comme sur les réseaux sociaux le prouvent. Visiblement, nos blessures intérieures sont encore béantes. Le pays pleure encore ses morts. Et cela durera encore longtemps.

Il n’y a pas que les plaies qui ne soient pas encore cicatrisées. Les dégâts non plus ne sont pas encore réparés. Certains diraient même que le pays n’a pas su profiter des opportunités post-séisme pour se reconstruire. L’argent coulait à flot à cette époque. Les experts se bousculaient à nos portes. Le pays bénéficiait de toute l’attention de la communauté internationale. Et pourquoi a-t-on raté la reconstruction ? Il manquait la volonté politique », croient des experts.

Le domaine de la construction, l’un des plus touchés par la catastrophe, résume à lui seul l’échec de la reconstruction. Aujourd’hui, le pays dispose de plus de bidonvilles qu’avant le 12 janvier 2010. Les gens construisent toujours comme ils le peuvent. Personne ne contrôle la qualité des matériaux utilisés dans les constructions. L’État peine à se donner les moyens d’imposer le respect des normes de construction. Il faut cependant reconnaître qu’on ne peut pas mettre tous les acteurs dans le même panier. En termes de recherche scientifique, certains efforts ont été consentis. La Faculté des sciences par exemple s’est dotée de l’Unité de recherche en géosciences (URGEO). Il s’agit d’une avancée majeure pour notre pays qui est traversé par de nombreuses failles sismiques. Il est dans ce cas important que nous connaissions les caractéristiques de nos sols.

À côté de la création de l’URGEO, de nombreuses études ou documents ont été réalisés sur le secteur de la construction. Ils portaient notamment sur les techniques de construction parasismiques, la nature des sols, la qualité des matériaux, entre autres. Ce qui manque cependant c’est de porter la population à s’approprier ces travaux. Dans un pays où l’oralité a le vent en poupe, le travail de diffusion des connaissances ne peut pas se résumer à la publication sur Internet, dans les revues ou dans les ouvrages. Il faut plus que cela.

HaïtiClimat, dans le cadre de sa 18e émission diffusée le jeudi 16 janvier 2020 sur les ondes de Magik 9, a mis les projecteurs sur le travail de l’Unité de recherche en géosciences de la Faculté des sciences. Deux scientifiques, Steeve Symithe Julien et Kelly Guerrier, tous deux Dr en géoscience et professeurs à la Faculté des sciences de l’Université d’État d’Haïti, étaient les invités à l’émission. « Construction, risques sismiques, dégradation de l’environnement, 10 ans après le séisme, où en sommes-nous ? », tel a thème de la première émission de HaïtiClimat pour l’année 2020. L’émission est disponible ici

Haiti Climat continue pendant tout le mois de janvier avec sa série d’émissions spéciales pour sensibiliser, et mieux informer la population haïtienne autour des risques sismiques, des défis de la (re) construction et des enjeux de l’aménagement du territoire.

Pour notre 20e édition, notre invitée du jeudi 30 janvier 2020 est Rose-May GUIGNARD, Architecte- Professeur en politiques urbaines- Urbaniste Sr au CIAT.

Nous vous proposons un débat riche en enseignements autour du thème : « Aménagement du territoire en Haïti, véritable enjeu de développement durable ? »

L’émission est diffusée sur Magik 9 (100.9 fm) et disponible en podcast sur notre siteweb www.haiticlimat.com

 

L’ émission HaïtiClimat du jeudi 16 janvier 2020 a donné la parole à Steeve Symithe Julien et Kelly Guerrier, respectivement docteur en géophysique et docteur en sciences de l’ingénieur (géotechnique). Face aux enjeux de la reconstruction, aux risques sismiques connus et à la dégradation de l’environnement, il est tout à fait de bon droit de se demander : Où en sommes-nous depuis le séisme du 12 janvier 2010 ?

« D’un point de vue scientifique, des efforts ont été réalisés en vue de permettre à des universitaires haïtiens d’avoir une expertise confirmée dans des domaines précis tels que la géoscience », précise Steeve Symithe Julien, également professeur à la Faculté des Sciences et chercheur à l’URGéo (Unité de Recherche en Géosciences). Aussi mentionne-t-il l’existence d’un laboratoire de recherche grâce auquel des techniciens apportent leur aide aux mairies dans les travaux préalables à l’octroi des permis de construire. Aujourd’hui, la Faculté des Sciences de l’Université d’État d’Haïti compte dans ses rangs un programme de master en géosciences dont des professeurs haïtiens et étrangers assurent la formation. « Au lendemain du tremblement de terre du 12 janvier 2010, il n’y avait aucun spécialiste en Haïti qui disposait de connaissances en géosciences. […] De nos jours, nous avons un ensemble de cadres qui font des recherches pour nous permettre de mieux comprendre le phénomène », souligne le docteur Julien non sans une once de fierté.

Néanmoins, malgré ces quelques progrès scientifiques susmentionnés, Steeve Symithe Julien regrette le manque d’intérêt affiché par les autorités locales pour les travaux présentés par les experts. Et même au niveau de l’État central, le budget alloué au Bureau des mines et de l’énergie (BME) en dit long sur l’importance accordée aux travaux de recherche, déplore-t-il. Le comportement de la population n’est pas des plus exemplaires non plus. L’on refuse de regarder le phénomène sous un angle scientifique. La tendance est de s’en remettre aux pouvoirs du bon Dieu afin de les préserver du danger.

Sommes-nous mieux préparés pour une éventuelle catastrophe de la même envergure ? Kelly Guerrier et Steeve Symithe Julien, tous deux professeurs et chercheurs à l’URGéo, sont unanimes à reconnaître que bien des efforts sont faits au niveau de la sensibilisation et de la science. Mais pour ce qui est des actions concrètes prises dans la perspective de diminuer les dégâts, le doute persiste. « Pour la préparation, nous devons d’abord connaître les aléas de notre environnement (risques sismiques), et après il faut traiter la question de la vulnérabilité, précise le docteur Kelly Guerrier. Fort de tout cela, je ne pense pas que nous soyons prêts à subir un tremblement de terre de la même magnitude que celui du 12 janvier 2010.» L’idée d’enregistrer plus de victimes et de pertes est même à redouter. Car le bricolage des maisons endommagées lors du séisme n’aide pas vraiment dans la prévention, et les réflexes des gens dans la construction sont restés les mêmes. Les normes de construction ne sont donc pas appliquées de manière rigoureuse, constatent les deux invité de l’émission HaïtiClimat.

Quelles leçons devons-nous en tirer ?

Pour le professeur Julien, qui se base sur ses propres observations après le cataclysme de 2010, il est important de définir des bâtiments prioritaires. Et, dans cet ordre, les hôpitaux et les prisons doivent être au premier plan. Ce pour non seulement permettre aux gens de se réfugier dans des lieux sûrs tout en continuant d’avoir accès aux soins dont ils auraient besoin, mais aussi pour garder en lieux sûrs des individus dangereux qui pourraient menacer la sécurité publique. Le géophysicien poursuit pour montrer la nécessité d’investir dans la recherche comme l’ont fait le Japon et le Chili, deux pays parmi les plus exposés aux tremblements de terre. « Ce qui nous apprendra à construire du solide avec ce que nous avons dans notre environnement et avec les moyens dont nous disposons », argue-t-il. Pour sa part, le professeur Guerrier croit qu’il est primordial que l’on tienne compte de la perception de la population par rapport au phénomène du tremblement de terre. Car l’on ne peut être efficace dans ses interventions si la population n’est pas pleinement consciente du danger auquel elle est exposée. « Dans tous les projets que nous réalisons au niveau de l’URGéo, nous faisons en sorte d’inclure des volets psychologiques et sociologiques », conclut-il.

Animée par Valéry Fils-Aimé et Patrick Saint-Pré, l’émission de la plateforme HaïtiClimat est diffusée tous les jeudis matin entre 9h et 10h sur les ondes de la Radio Magik 9 (100.9 fm). Cette émission est conçue par ACLEDD (Action pour le climat, l’environnement et le développement durable), laquelle est une association qui s’engage à répondre aux défis de la protection de l’environnement, des changements climatiques et du développement durable.

Par Romaric Fils-Aime

Source: Le Nouvelliste

Ce jeudi 23 janvier 2020 entre 9h-10h am, pour sa 19e édition « Haiti Climat » a reçu comme invité autour du thème : « Aménagement du territoire en Haïti, véritable enjeu de développement durable ? »

James DARBOUZE, Philosophe- Expert en politiques urbaines- Chercheur multidisiciplinaire affilié à CRAPU – UniQ-UQAM.

Bonne écoute!

En réalité, un séisme n’a jamais tué personne. Ce sont les masses de béton qui tuent. Après chaque séisme dévastateur, les ingénieurs de la reconstruction se posent deux questions cruciales:1) pourquoi toutes ces structures se sont-elles effondrées ? ; 2)  à quelles accélérations du sol les nouvelles constructions seront-elles exposées (1)? Après le séisme du 12 janvier 2010 en Haïti, plusieurs ingénieurs, architectes et géologues ont analysé les bâtiments et les pratiques de construire pour essayer de comprendre ce désastre.

L’un des premiers constats venait de l’éminent professeur de l’Université de Colorado Roger Bilham qui affirmait que la raison du désastre était claire dans les décombres. « Toutes les erreurs possibles étaient évidentes : acier fragile, agrégats grossiers non angulaires, ciment faible mélangé avec du sable impur ou salé, et la terminaison systématique des armatures au niveau des joints entre les colonnes et les étages des bâtiments où les contraintes sismiques sont les plus importantes », a rapporté le géologue dans une publication (2). Aucune règle de base n’a été respectée. « Les bâtiments avaient été condamnés au moment de leur construction », a-t-il poursuivi.

Formation non adaptée

En étudiant les bâtiments endommagés après le 12 janvier 2010, l’architecte Joël Audefroy a remarqué que les constructions traditionnelles montraient souvent une meilleure résilience aux séismes que les bâtiments construits avec des matériaux modernes (3). Toutefois, les rares maçons et contremaîtres formés en constructions traditionnelles subissent la pression de la modernité. Le temps évolue comme on dit, les propriétaires veulent des constructions modernes. On ne peut pas donner ce qu’on n’a pas. Ces professionnels utilisent leurs connaissances et techniques traditionnelles pour des constructions modernes. Ils construisent avec des matériaux et des techniques qu’ils ne maîtrisent pas.

Cette étude souligne la nécessité de mieux comprendre et de tirer parti des connaissances traditionnelles tout en reconnaissant que ces connaissances doivent évoluer et innover. Cela comprend, le cas échéant, l’utilisation de techniques et de matériaux modernes pour aider à réhabiliter les structures traditionnelles et ainsi combiner sécurité et préservation de notre riche patrimoine architectural.

Problème économique et absence des autorités

Après le séisme, plusieurs campagnes de formation des maçons ont été mises sur pied. Des formations sur les constructions sûres sont inscrites dans tous les projets résilience des ONG et des agences des Nations unies. Cependant, Kijewski-Correa et ses collaborateurs vont constater que la formation des maçons ne suffisait pas (4). Les constructions vont faire face au manque de moyens des propriétaires. Ils ne peuvent ni engager des ingénieurs ni se payer les bons matériaux nécessaires à une bonne construction. Le maçon, bien que formé, est obligé de s’y adapter. Mezi lajan w mezi wanga w !

Ces scientifiques ont même donné l’exemple d’une maison qui s’est complètement écroulée à Léogâne lors du séisme. Dès le mois d’août 2010, la maison était en reconstruction par un contremaître formé aux principes de construction parasismique. En décembre 2011, la maison était reconstruite avec un étage supplémentaire par les mêmes méthodes ayant créé la vulnérabilité originelle.

On pourrait se dire qu’au lieu d’un étage supplémentaire, ce propriétaire aurait pu se contenter d’un seul niveau, mais bien construit avec de bons matériaux. Parce que les maçons, les propriétaires aussi, ont besoin d’être éduqués.

Un autre triste constat fait par cette équipe de chercheurs. Après le tremblement de terre de 2010, ils ont vu des gens draguer des matériaux tels que du fer et des blocs dans les décombres pour construire ou reconstruire leurs propres maisons. Les mêmes mauvais matériaux qui sont à l’origine des dégâts.

Mauvaises pratiques tout simplement

McWilliams et Griffin (5) ont constaté que la construction de bâtiments récents en Haïti, et en particulier ceux qui ont été sévèrement endommagés lors du séisme de 2010, ont tous été construits avec un mauvais mélange de béton. Lors du malaxage du béton, les constructeurs utilisaient la plus mauvaise qualité de sable pour le béton et économisaient le meilleur sable pour le stuc extérieur des bâtiments. On peut se demander d’où vient cette pratique. Difficile de trouver une explication rationnelle, mais nos maçons procèdent ainsi. Ils conservent le meilleur matériau pour l’extérieur, pour faire beau en négligeant les poteaux, la structure.

Corruption

Quand on voit comment l’État laisse les habitants se « démêler », une question surgit souvent: Pourquoi l’État n’investit pas dans des logements sociaux? S’il prenait cela en main, on aurait une chance d’avoir des constructions sérieuses.

Ne rêvez pas trop vite. Le rapport de la Cour supérieure des comptes sur le fonds PetroCaribe nous a renseignés sur la manière dont certains contrats ont été attribués. Très peu d’importance a été accordée à la capacité des firmes sélectionnées. On a donc aucune garantie que ces logements sociaux seraient biens construits. Ici, ils sont nombreux à vouloir dépecer les projets, du plus haut fonctionnaire au pelleteur. Il ne reste plus d’argent pour la qualité et la sécurité.

Le séisme du 12 janvier 2010 a fait 230 000 morts, 300 000 blessés et 1,5 million de sans-abri. Quand on voit les pratiques de construction révélées par ces chercheurs et l’absence de surveillance de l’État, on comprend mieux pourquoi ces constructions ont agi comme des « armes de destruction massive ». Aujourd’hui encore, la situation ne s’est pas améliorée. Pour un séisme similaire à celui de 2010, doit-on s’attendre à un pire bilan?

(1) Bilham, R., & Gaur, V. (2013), Buildings as weapons of mass destruction, Science, 341(6146), 618-619.

(2) Bilham, R. (2010), Lessons from the Haiti earthquake, Nature, 463(7283), 878.

(3) Audefroy, J. F. (2011), Haiti: post-earthquake lessons learned from traditional construction, Environment and Urbanization, 23(2), 447-462.

(4) Kijewski-Correa, T., Taflanidis, A. A., Mix, D., & Kavanagh, R. (2012). Empowerment model for sustainable residential reconstruction in Léogâne, Haiti, after the January 2010 earthquake, Leadership and Management in Engineering, 12(4), 271-287.

(5) McWilliams, H., & Griffin, C. T. (2013), A critical assessment of concrete and masonry structures for reconstruction after seismic events in developing countries. Department of Architecture, Portland State University, Portland, Oregon, United States.

Par Newdeskarl St Fleur

Source: Le Nouvelliste

🆕📻▶Par ici pour (ré)écouter la 18e édition, la première de l’année 2020 de Haiti Climat🌳💥🌤 autour du thème : « Construction, risques sismiques, dégradation de l’environnement, 10 ans après le séisme du 12 janvier 2010 où en sommes-nous ? »

Nos invités : Steeve Symithe JULIEN, Docteur en géophysique, professeur à la FDS -UEH et Chercheur associé à l’URGéo;

Kelly GUERRIER, Docteur en Sciences de l’Ingénieur (géotechnique) professeur à la FDS -UEH et Chercheur associé à l’URGéo.

Il est temps de passer au Vert !

 

Le 12 janvier 2010, Haïti connaissait la plus grande catastrophe naturelle de son histoire. Un tremblement de terre d’une magnitude de 7 dévastait une partie de l’île et notamment sa capitale, Port-au-Prince. 10 ans plus tard, l’heure est au bilan. La prévention est plus que jamais une nécessité pour anticiper de telles catastrophes. Plusieurs universités de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) sont concernées par cette option, développant divers projets de recherche et de formation en collaboration avec les académiques haïtiens.

Sur le plan des catastrophes naturelles, Haïti est l’un des pays les plus vulnérables de la planète. Dans cette zone géographique, le risque 0 n’existe pas, d’où l’absolue nécessité de mieux anticiper les risques de catastrophes.

Trois projets de recherche et de formation soutenus par l’ARES et mis en œuvre par l’Université catholique de Louvain (UCLouvain), l’Université de Liège (ULiège) et l’Université de MONS (UMONS) se concentrent depuis 2015 sur la prévention des risques naturels et un aménagement du territoire plus adéquat. À travers cette coopération qui mobilise également l’Université d’État d’Haïti (UEH), il s’agit de fournir à la société haïtienne les compétences nécessaires pour mieux anticiper les diverses formes de catastrophes qui frappent l’île à intervalle régulier.

Mieux évaluer les tremblements de terre pour réduire les risques sismiques

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© Pierre Chavelin

L’évaluation de ces risques, voire leur réduction, requiert une vigilance permanente associée à une analyse de la vulnérabilité de la population. Le projet de recherche que viennent de lancer Hans-Balder Havenith (ULiège) et Kelly Guerrier (UEH) en 2019 va s’intéresser à cette composante sociale, en s’appuyant sur l’expertise de Sabine Henry (UNamur). De manière inédite, ce projet va analyser la résilience de la population face aux aléas sismiques, variant selon les caractéristiques de l’individu, du ménage et de la communauté.

Par ailleurs, afin de pouvoir compter à l’avenir sur des expertes et experts nationaux capables de travailler dans ce secteur mais aussi de former des ressources humaines, le projet participe également au nouveau programme de maîtrise en géosciences de l’UEH axé sur les risques géologiques, en renforçant la formation doctorale et postdoctorale.

Pour un urbanisme résilient

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© URBATer

L’urbanisme et l’aménagement du territoire constituent également des composantes essentielles. Le projet URBATeR, mis en œuvre par les professeurs Pierre Cornut (UMONS) et Jean-Marie Theodat (UEH), forme des aménageuses et aménageurs haïtiens, par du personnel haïtien, sur le territoire haïtien. Spécialisées en méthode de projets pluridisciplinaires, ces personnes seront les instigatrices d’une dynamique de réflexion, de recherche et d’innovation, et les vectrices d’une culture de l’aménagement concerté et inclusif. URBATeR entend créer une dynamique appropriable à moyen terme, par la constitution d’une équipe mixte de recherche et d’enseignement au sein de l’UEH.

À terme, le corps enseignant et les nouveaux docteures et docteurs formés par le projet pourront non seulement améliorer la formation dispensée, en l’adaptant aux évolutions du territoire, mais également développer des axes de recherche inexplorés à ce jour, alimentant à leur tour les enseignements. Le processus doit permettre de consolider la présence de l’UEH dans le domaine des politiques de la ville et des espaces ruraux, en pleine éclosion aujourd’hui à Haïti.

En prévenant les risques naturels, Haïti protège sa population

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© Sandra Soares-Frazão

Lancé en 2015, le projet de recherche du professeur Sandra Soares-Frazão (UCLouvain) vise à améliorer la connaissance des cours d’eau haïtiens et, surtout, leur comportement en période de crue subite. Pour y parvenir, le projet contribue à renforcer les capacités du pays dans la gestion et la prévention des risques naturels dans les domaines de l’hydrologie et de l’hydraulique fluviale et sédimentaire. L’équipe du Génie Rural de la Faculté d’agronomie et de médecine vétérinaire de l’UEH est étroitement associée au projet en étant formée à l’évaluation et à la modélisation des risques de crues dans toutes leurs dimensions techniques et opérationnelles.

Quatre thèses de doctorat sont financées par ce projet. L’un d’entre elle réalisée par Joseph Adermus porte sur la « Caractérisation et modélisation des écoulements de crue de la rivière de Cavaillon en Haïti ». Ecoutez son témoignage.

Source:https://www.ares-ac.be/fr/actualites/641-10-ans-apres-le-seisme-en-haiti-priorite-a-l-anticipation-des-risques?fbclid=IwAR1vM2p9d6WorYCcTkRm54Z6yZOx4p8N6tjaWW8BfNxwtCv9I1O6xlhnrj4