Énergies renouvelables : des communautés se battent pour sortir la tête de l’eau


par Haiti Climat | février 21st, 2020





En Haïti, le manque d’accès aux énergies renouvelables constitue un facteur de risque important pour le climat. Les plus vulnérables dont plus de la moitié vit en milieu rural et des bidonvilles sont les plus affectés par le phénomène des températures changeantes et le manque de moyens pour s’adapter. Dans le Centre, des institutions multiplient les alternatives pour pallier à la situation.

À Carissade, localité de la première  section Juanaria, commune de Hinche, la population n’a pas accès aux programmes sociaux du gouvernement et de certaines ONG. Le charbon de bois constitue l’une des principales sources de revenus des habitants. Ce qui accélère l’abattage des arbres pour la production de charbon de bois. « Nous n’avons pas vraiment d’autres alternatives, avance Badio Marcelin. Ici, à Carissade, presque tout le monde s’active dans la production de charbon de bois pour survivre. Nous n’avons pas le choix. »

Le témoignage de Badio est une partie visible de l’iceberg. Toutefois, dans les communautés, la voix puissante de Chavannes Jean-Baptiste, porte-parole du Mouvement des paysans de Papaye (MPP), résonne pour appeler les gens à changer de comportement face à la nature. « Mes chers camarades, nous devons travailler à protéger la faune et la flore du pays. L’abattage des arbres pour la production de charbon de bois est contraire aux objectifs du développement durable. Il nous faut développer d’autres modèles énergétiques devant permettre à faire face aux aléas climatiques », scande M. Jean-Baptiste.

En effet, depuis 2011, des institutions locales à vocation écologiques militent pour apporter des solutions durables aux problèmes liés à la dégradation de l’environnement du pays, particulièrement dans le département du Centre. C’est le cas du Mouvement des paysans de Papaye (MPP) et l’Unité diocésaine d’études et de recherche scientifique de l’université Notre-Dame d’Haïti (UDERS-UNDH). Ces institutions disent prendre à cœur la lutte pour la défense et la protection de l’environnement du pays, particulièrement dans les villes du département du Centre.

Le programme intitulé  « Nouvèl enèji » du  MPP est un exemple concret. Cette initiative vise à promouvoir l’accès aux énergies durables à travers la plantation de bois énergétique liée à l’agroforesterie, la distribution de réchauds écologiques répondant aux besoins des couches les plus pauvres de la population en vue d’inciter les membres de la population à utiliser les nouvelles technologies de consommation de bois, la construction et la diffusion du panneau solaire pour éclairage domestique et pour l’usage public.

« Bien avant le tremblement de terre, je ne savais pas si l’on pourrait trouver de solutions rapide au charbon de bois. Je ne savais non plus que l’utilisation des nouvelles technologies des énergies renouvelables pourrait contribuer à une diminution de gaz à effet de serre », confie Jude Saint-Fleur, un propriétaire de restaurant du coin, illustrant son implication visant à la régénération de la couche d’ozone, à l’atténuation des effets du changement climatique et à la transition ordonnée vers des technologies écologiques donc inoffensives pour l’ozone et le climat.

« Dans les années antérieures, tous les ménages et restaurants, ici à Hinche, utilisaient le charbon de bois pour la cuisson, entre autres, la boulangerie et la blanchisserie », rappelle, de son côté, Marie-José Gabriel, responsable d’un autre restaurant. Aujourd’hui, dit-elle, elle salue les informations sur les températures changeantes, la commercialisation des réchauds solaires et le gaz propane. « Les ménages et restaurants utilisent moins le charbon de bois et nos conditions de vie s’améliorent », se félicite-t-elle.

Le biogaz comme nouvelles alternatives

Pour l’étudiant en biologie médicale à l’UDERS-UNDH à Hinche, Jimmy Louis, comme n’importe quel être vivant, les bactéries ont besoin d’un habitat adéquat (appelé biodigesteur) et d’une alimentation quotidienne composée de déchets organiques : excréments animaux ou humains, débris végétaux, déchets agroalimentaires… « Le temps de rétention moyen de la matière dans le biodigesteur est de l’ordre de 60 à 80 jours », a-t-il expliqué.  Ce biodigesteur est un réservoir contenant un milieu de culture produisant du biogaz et un digesteur  (produit de la digestion de la matière organique par les bactéries), a-t-il ajouté. Ajoutant : « Pour l’instant à l’UDERS-UNDH, nous sommes à la phase de formation et l’expérimentation. Pas moins que quatre biodisgesteurs sont installés dans différents foyers à Hinche dont le presbytère. »

Selon l’étudiant Louis, l’idée même d’investir dans le secteur (biogaz) vise non seulement à éliminer les hydrocarbures, mais aussi à réduire l’émission de gaz à effet de serre dans la nature où vivent plus de 25 familles par habitation.

« Le méthane du biogaz peut remplacer les hydrocarbures fossiles dans les moteurs thermiques », explique Jimmy Louis. La production électrique, rappelle-t-il, est la valorisation première dans les pays industrialisés. D’autre part, bien que peu médiatisé, des véhicules (voiture, bus, train) fonctionnent déjà avec du méthane. 1 mètre cube de biogaz est équivalent à environ 0,6 litre de fioul. »

«La sensibilisation doit se poursuivre pour que la population puisse continuer à utiliser les énergies renouvelables en vue de préserver le climat », soutient l’étudiant. « Notre souci est de combler ce vide de la manière la plus productive afin d’apporter des réponses non seulement adaptées à la situation qui prévalait (déboisement), mais aussi à réduire l’abattage des arbres dans le département », a déclaré l’étudiant Louis.

Par ailleurs, celui qui s’implique dans l’engagement communautaire au nom de son université dans le département du Centre a assuré que cette amélioration pourrait permettre aux gens de cultiver les bonnes pratiques dans la gestion de l’énergie solaire, d’atténuer les températures changeantes et de lutter contre le déboisement.

« Ce changement de modèles énergétiques serait un miracle si de telle invention ait lieu à Hinche », estime Yolène Guerrier, une septuagénaire rencontrée à Sapaterre, deuxième section Marmont. Il contribuera, selon elle, à sauver des vies dans toute la communauté parce que nos terres sont devenues dénudées à cause de l’abattage abusif des arbres.

Joram Moncher moncherjoram6@gmail.com

Par Ritzamarum Zétrenne

L’Action pour le Climat, l’Environnement et le Développement durable (ACLEDD) a réuni une vingtaine de journalistes à réfléchir sur les possibilités de renforcer la presse environnementale en Haïti lors d’un atelier organisé à Pétion-Ville, le samedi 8 février 2020.

Cet atelier de formation, organisé par l’ACLEDD au Craan Learning Center, à Pétion-Ville, a offert l’occasion à des journalistes spécialisés en environnement, des acteurs de la société ainsi que des étudiants de réfléchir sur le rôle de la presse haïtienne dans la lutte contre la dégradation de l’environnement. L’idée, selon Patrick St-Pré, le coordonnateur général de l’ACLEDD, intervenant au début de l’atelier, est d’œuvrer à l’établissement d’une véritable presse environnementale en Haïti. Car, s’il faut croire le Dr Newdeskarl St-Fleur, premier intervenant à l’atelier, la situation environnementale du pays exige que tout le monde soit conscientisé sur la question, les journalistes d’abord qui ont une responsabilité sociale.

Selon l’exposé du Dr St-Fleur titré « Menaces environnementales et climatiques en Haïti : doit-on s’attendre au pire ? », la situation environnementale du pays est loin d’être rassurante. Dans un premier temps, M. St-Fleur a présenté les risques climatiques du pays. Il a su montrer le niveau de vulnérabilité du pays face aux menaces climatiques. En effet, a-t-il fait remarquer, Haïti se retrouve dans la trajectoire des événements météorologiques extrêmes comme les cyclones et ouragans dont le changement climatique augmente l’intensité et la fréquence. Les constructions anarchiques sur les côtes représentent un autre miroir de la vulnérabilité du pays face aux menaces climatiques. L’on sait que le changement climatique a tendance à provoquer une augmentation du niveau des mers, ce qui expose les habitants des zones côtières à toutes de danger.

En réalité, Haïti fait partie des pays au monde les plus vulnérables face au changement climatique même s’il ne fait pas partie des grands pollueurs. L’absence de mesures efficaces, notamment la mise œuvre de stratégies climato-intelligentes, fait croire que les solutions ne sont pas pour demain.

D’un autre côté, le Dr Newdeskarl St-Fleur a présenté le risque sismique. Il a non seulement expliqué aux participants l’origine de la formation des tremblements de terre, mais aussi il a fait une présentation détaillée de la sismicité du pays et de toute la région caribéenne. Le Dr St Fleur a rappelé la présence de plusieurs failles actives dans le pays. En ce sens, Haïti doit continuellement se préparer à faire face aux séismes.

La deuxième intervention de la journée a été assurée par Vovener Edmond. Pour ce dernier, il était question de présenter les différents mécanismes de lutte du pays contre le changement climatique. Pour cela, M. Edmond a rappelé les différents documents déjà élaborés par le pays, soit pour l’atténuation soit pour l’adaptation, en vue de contrecarrer le phénomène, depuis la Contribution prévue déterminée au niveau national (CPND) en 2015 jusqu’à la Politique nationale de lutte contre les changements climatiques (PNCC).

L’intervenant a mis l’accent  sur la PNCC récemment publiée, soit en 2019, par le ministère de l’environnement (MdE). L’élaboration de la PNCC, entamée en 2016, est le résultat d’une grande concertation et d’un consensus, avec entre autres la participation des organisations de la société civile.

« C’est un outil indispensable », a fait savoir l’intervenant, qui permettra d’orienter et de coordonner les actions tant d’adaptation que d’atténuation à l’échelle nationale. En d’autres termes, c’est un effort de mettre les enjeux liés aux changements climatiques au cœur des politiques publiques.

La PNCC repose sur quatre grands piliers, notamment le principe du financement climatique endogène, et de quinze grandes mesures qui doivent aider le pays à faire face au changement climatique.

Jean Pharès Jérôme a, quant à lui, intervenu sur la nécessité d’une presse environnementale en Haïti. Passant en revue les différents aléas déjà présentés par les deux premiers intervenants, M. Jérôme, a clairement montré aux participants qu’on ne peut plus attendre pour que la presse s’engage véritablement pour l’environnement.

Le constat est que le public ne s’intéresse pas trop à l’information environnementale diffusée par les médias. Jean Pharès Jérôme s’intéressait de comprendre comment les journalistes peuvent contribuer à changer la donne. Et selon lui, l’un des plus grands moyens est d’essayer la répétitivité de ces informations dans les médias. En effet, plus le public entend un sujet il a tendance à s’y intéresser.

Pour faire suite à l’intervention de M. Jérôme et mettre fin à l’atelier, les participants ont été divisés en plusieurs groupes pour réfléchir sur plusieurs questions, notamment « Comment porter le public à s’intéresser aux informations environnementales ? ». Tout un ensemble de recommandations ont été faites par les journalistes qui ont participé à cet atelier lesquelles seront prises en compte par l’ACLEDD pour continuer sa lutte pour l’établissement d’une presse environnementale forte en Haïti.  

Ce jeudi 20 février 2020, Haiti Climat diffuse la deuxième édition de sa série d’émissions spécialement consacrées à la problématique de la gestion des déchets en Haïti.

Notre invité : Dr. Joaneson LACOUR, docteur en chimie de l’environnement, spécialiste en gestion des déchets, chercheur et professeur d’université

Thème : Planification et gestion des déchets en Haïti, entre conflits et indécisions

Soyez branchés Magik 9 (100.9 fm) entre 9h-10h am. L’émission sera reprise à 9h pm, et disponible en podcast sur notre siteweb www.haiticlimat.com

« Je suis revenu de cette COP avec le sentiment que le multiculturalisme dans le domaine des changements climatiques souffre d’un grand déficit d’efficacité (…) Notre pays, nos populations ne peuvent plus attendre (…) Nous avons besoin de vraies actions urgentes et sans précédent. Celles qui vont permettre le maintien de nos activités économiques de base (…) », a déclaré Joseph Jouthe, le ministre de l’Environnement, le mardi 24 décembre 2019, lors de la Conférence de Presse bilan sur la participation d’Haïti à la 25e Conférence des Parties (COP25) de la Convention-Cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC).

En sus des informations, des résultats de la COP25 ainsi que les retombées pour Haïti, le ministre Jouthe, en sa qualité de chef de la délégation multisectorielle conduite par le Ministère de l’Environnement (MDE), a fait le point sur la participation d’Haïti à la COP25 qui s’est déroulée du 02 au 15 décembre 2019 à Madrid en Espagne.

« Cette COP a révélé l’émergence d’une certaine polarisation que si elle n’est pas contrôlée de manière urgente et immédiate risque de nous conduire dans un avenir proche vers une catastrophe climatique sans précédent, notamment dans les pays en voie de développement comme Haïti qui n’ont presque pas contribué à ce phénomène », a poursuivi le ministre Jouthe qui appelle la communauté internationale à cesser de résumer la lutte contre les changements climatiques à celle de simples slogans, comme ce fut le cas de la COP25 qui se voulait être celle de l’action.

Pour le titulaire du portefeuille Environnement de l’actuel gouvernement démissionnaire, « loin d’être un facteur pouvant nous pousser à abandonner cette noble et longue lutte contre les changements climatiques, ces résultats très mitigés de la COP25 nous montrent une fois de plus l’importance d’un leadership fort et d’un esprit de compromis basés sur les principes de responsabilités communes mais différenciées afin d’arriver à rehausser les ambitions sur les tous les fronts, [à savoir] adaptation, atténuation, financement, renforcement de capacité, développement et transfert de technologie ».

Pour finir, Joseph Jouthe a indiqué avoir eu l’opportunité de réaliser plusieurs rencontres bilatérales dont certaines devraient, selon lui, se concrétiser par des programmes et des projets de lutte contre les changements climatiques dans un avenir pas trop lointain.

 

« Nous devons être clairs sur le fait que la conférence n’a pas abouti à un accord sur les lignes directrices d’un marché du carbone indispensable – une partie essentielle de la boîte à outils pour élever l’ambition qui peut exploiter le potentiel du secteur privé et générer des financements pour l’adaptation », reconnait, d’entrée de jeu, la Secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC), Patricia Espinosa, dans une déclaration rendue publique le 19 décembre 2019 sur les résultats de la COP25.

Pour Patricia Espinosa, les pays développés doivent encore répondre pleinement aux appels des pays en développement à un soutien accru en matière de financement, de technologie et de renforcement des capacités, sans lequel ils ne peuvent pas verdir leurs économies et renforcer leur résilience aux changements climatiques. Les pays à forte émission n’ont pas envoyé un signal suffisamment clair qu’ils sont prêts à améliorer leurs stratégies climatiques et à accroître leur ambition grâce aux contributions déterminées au niveau national qu’ils soumettront l’année prochaine.

En ce sens, la Secrétaire exécutive estime dans sa déclaration qu’il est important de procéder, plusieurs jours après  la clôture de la COP25 à Madrid, à une évaluation honnête et réaliste de ce qui s’est passé afin que la communauté internationale puisse prendre les mesures appropriées pour guider les prochaines étapes cruciales du processus climatique multilatéral l’année prochaine.

Dans le même temps, poursuit-elle, dans les textes de décision finale, les gouvernements ont exprimé le besoin de plus d’ambition de la part des Parties et des acteurs non étatiques, et ils ont convenu d’améliorer la capacité des plus vulnérables à s’adapter au changement climatique.

Patricia Espinosa retient donc que de nombreuses décisions issues de la conférence de Madrid reconnaissent au moins le rôle du financement climatique, essentiel pour une action concrète. « Et des décisions ont été prises dans des domaines tels que la technologie, les océans et l’agriculture, le genre et le renforcement des capacités. Un grand nombre de pays, régions, villes, entreprises et investisseurs ont fait part de leur intention de réaliser zéro émission nette de CO2 d’ici 2050, dans le cadre de la Climate Ambition Alliance dirigée par le Chili. Rassemblant également dans le cadre de la Climate Ambition Alliance, 114 pays ont entre-temps signalé leur intention de soumettre un plan d’action climatique amélioré l’année prochaine », énumère Mme Espinosa déplorant la fait que pas beaucoup d’économies majeures ont signalé qu’elles sont prêtes à revoir à la hausse leur ambition climatique par le biais de plans améliorés.

Les engagements de nombreux secteurs de la société civile ont montré un accord écrasant sur la seule voie à suivre: nous devons suivre ce que la science nous dit, avec le sentiment d’urgence et de sérieux que cela requiert. Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est de concentrer toute notre attention sur les prochaines étapes pour renforcer encore la confiance dans le processus multilatéral.

« Alors que nous nous dirigeons vers la COP26 de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques à Glasgow, nous devons être unis et travailler dans un véritable esprit de multilatéralisme inclusif afin de réaliser les promesses de l’Accord de Paris et de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques », a-t-elle conclu non sans préciser qu’elle a hâte de travailler avec les gouvernements du Chili, du Royaume-Uni et de l’Italie pour obtenir les meilleurs résultats possibles lors de la COP26 à Glasgow.

 

Contrairement aux autres pays qui trainent les pieds, Haïti s’apprête à réviser sa contribution déterminée au niveau national (CDN) en 2020, a fait savoir James Cadet, responsable de la Direction du changement climatique au MDE, précisant au passage qu’elle n’est pas encore mise en œuvre, malgré quelques actions d’adaptation et d’atténuation réalisées par le gouvernement haïtien avec plusieurs partenaires.

« L’horizon temporel de la CDN d’Haïti court jusqu’à 2030 donc le travail que nous allons faire en 2020 pour nous mettre au diapason sera une révision », a indiqué James Cadet rappelant au passage qu’Haïti avait prévu une réduction de 31% de ses émissions de gaz à effet de serre dans sa CDN.

L’article 6 de l’Accord de Paris sur la question des marchés de carbone ainsi que la question du financement pour les pertes et dommages sont les deux éléments ayant constitué une pierre d’achoppement aux négociations à la COP25 et à cause desquelles il a été impossible pour la Convention d’arriver à une entente, nous a fait savoir le Dr Kénel Délusca .

« Les négociations sont serrées (…) Les problèmes que les techniciens n’ont pas pu résoudre durant la première semaine jusqu’à présent les politiciens n’y arrivent toujours pas (…) Les pays développés ne veulent pas lâcher prise tandis que les pays en voie de développement restent sur la corde raide », a expliqué le Dr Délusca qui avait même prédit que la fin COP ira au-delà de la date prévue.

Par ailleurs, l’expert nous fait un résumé de sa présentation au « side event » organisé par Haïti le jeudi 12 décembre 2019 et qui montre l’importance du milieu marin pour le peuple haïtien.

« Nous sommes en train de négocier pour qu’on nous aide à construire notre résilience […] Pour que les gros pollueurs partagent une part de leurs bénéfices (…) avec Haïti pour qu’on puisse construire notre résilience et résoudre les problèmes socio-économiques de notre population. Voici en gros l’essence même des négociations d’Haïti », nous a confié Joseph Jouthe, en sa double qualité de ministre de l’Environnement et de l’Économie et des Finances.

« Tous les indicateurs étant au rouge, j’ai adressé tous nos problèmes… problèmes environnementaux, sociaux, humanitaires, agricoles (…) J’ai pratiquement abordé tous les problèmes que nous confrontons en Haïti avec les différentes délégations que j’ai pu rencontrer », a poursuivi le ministre à l’issue de la COP25.

Mais, à quel niveau Haïti s’est senti concerné par les négociations ?

A cette question le ministre Jouthe nous a répondu qu’«actuellement, notre priorité c’est l’environnement ». « Nous vivons dans un état d’insalubrité totale en Haïti ».

Pour le Dr Claude Joseph, chargé d’affaires à l’ambassade d’Haïti en Espagne, rencontré sur le site de l’IFEMA à Madrid où s’est tenue la COP25, du 2 au 15 décembre dernier, la diplomatie telle qu’on la connait va au-delà d’une simple fonction de représentation. Elle rime aussi avec coopération.

Considérant le déroulement des négociations ainsi que les enjeux dans les modes de coopération, le Dr Joseph estime qu’il est plus qu’important pour les diplomates haïtiens de saisir les enjeux, les dynamiques et par-dessus tout de voir comment est-ce qu’ils peuvent participer dans les négociations.

Aussi se demande-t-il « comment nous autres diplomates pouvons-nous être plus proactifs pour permettre à Haïti d’attirer plus de ressources financières dans le cadre de ces négociations afin qu’elle puisse mieux s’adapter et faire face aux impacts du changement climatique ? »

Mais, qu’entend-il exactement par diplomatie verte ?

 

Par Newdeskarl Saint Fleur

Pour des raisons liées à la variation de l’excentricité de la Terre, de l’obliquité de son axe de rotation, entre autres, le climat global connaît des changements particuliers tous les 20, 40 ou 100 mille ans. Aujourd’hui, les changements climatiques sont une préoccupation parce qu’ils sont mis en route à l’échelle humaine, par les activités humaines.

La température étant l’élément principal qui gouverne le climat, son augmentation de quelques degrés chamboule tout: augmentation du niveau de la mer; salinisation des terres cultivées et des nappes; plus de maladies à cause du stress et la prolifération des germes. Mais il y a une conséquence dont on ne parle pas assez, c’est le déplacement des populations les plus vulnérables. Les grandes villes sont généralement côtières. Si le niveau de la mer augmente, les systèmes de drainage de ces villes et villages n’existeront plus. Le risque est particulièrement élevé pour les pays insulaires. Plus de 2 milliards d’habitants vivent à moins de 60 km des côtes. Le monde est-il préparé à ces déplacements massifs? Le dérèglement climatique nous mènera-t-il à un dérèglement géopolitique?

En Haïti, le dérèglement climatique peut être une cause aggravante de l’exode rural que l’on connaît depuis plusieurs décennies. En effet, les rares concitoyens qui sont restés à la campagne pour vivre paisiblement de l’agriculture commencent à subir les effets des changements climatiques. Les terres agricoles sont de plus en plus salées. Les périodes de sécheresse s’allongent, des maladies attaquent de plus en plus les plantations, comme c’est le cas du sorgho il y a quelques années ou la mandarine aujourd’hui. Les citrus en général sont en voie de disparition en Haïti. Si rien n’est fait, les agriculteurs qui vivent de ces cultures ou de la terre en général n’auront d’autre choix que rejoindre le rang des citadins. L’État haïtien assiste impuissant à cet état de fait. Sommes-nous prêts à de tels changements? Comment s’y adapter? Quel rôle peuvent jouer le secteur privé des affaires et la société civile dans l’adaptation aux changements climatiques?

L’agriculture considérée comme un secteur à risque trouve rarement la faveur des entrepreneurs et des investisseurs haïtiens. Cependant, plus on néglige l’agriculture, moins il y aura moyen d’atténuer les effets des changements climatiques sur les cultures, plus les agriculteurs s’appauvrissent et plus l’exode sera accentué. Et qui exode rural dit bidonvillisation et tous les problèmes environnementaux et sociaux qui s’ensuivent. Il est important que le secteur privé relève le milieu rural en investissant dans l’agriculture intelligente et en créant des emplois.

Dans les autres secteurs d’activités, des entreprises intégrant des actions positives sur l’environnement sont à encourager. Les banques devraient avoir une politique de crédit prenant en compte ces aspects.

Le secteur privé et la société civile peuvent créer des fonds pour financer la recherche dans ce domaine. La recherche pour connaître voire développer des variétés adaptées aux changements climatiques. La recherche pour trouver des animaux d’élevage résistants. Le temps étant aux grandes décisions et dispositions pour faire face à ce fléau.

newdeskarl@gmail.com