Quel rôle peut jouer la presse haïtienne dans la lutte contre la dégradation de l’environnement ?


par Haiti Climat | février 21st, 2020





Par Ritzamarum Zétrenne

L’Action pour le Climat, l’Environnement et le Développement durable (ACLEDD) a réuni une vingtaine de journalistes à réfléchir sur les possibilités de renforcer la presse environnementale en Haïti lors d’un atelier organisé à Pétion-Ville, le samedi 8 février 2020.

Cet atelier de formation, organisé par l’ACLEDD au Craan Learning Center, à Pétion-Ville, a offert l’occasion à des journalistes spécialisés en environnement, des acteurs de la société ainsi que des étudiants de réfléchir sur le rôle de la presse haïtienne dans la lutte contre la dégradation de l’environnement. L’idée, selon Patrick St-Pré, le coordonnateur général de l’ACLEDD, intervenant au début de l’atelier, est d’œuvrer à l’établissement d’une véritable presse environnementale en Haïti. Car, s’il faut croire le Dr Newdeskarl St-Fleur, premier intervenant à l’atelier, la situation environnementale du pays exige que tout le monde soit conscientisé sur la question, les journalistes d’abord qui ont une responsabilité sociale.

Selon l’exposé du Dr St-Fleur titré « Menaces environnementales et climatiques en Haïti : doit-on s’attendre au pire ? », la situation environnementale du pays est loin d’être rassurante. Dans un premier temps, M. St-Fleur a présenté les risques climatiques du pays. Il a su montrer le niveau de vulnérabilité du pays face aux menaces climatiques. En effet, a-t-il fait remarquer, Haïti se retrouve dans la trajectoire des événements météorologiques extrêmes comme les cyclones et ouragans dont le changement climatique augmente l’intensité et la fréquence. Les constructions anarchiques sur les côtes représentent un autre miroir de la vulnérabilité du pays face aux menaces climatiques. L’on sait que le changement climatique a tendance à provoquer une augmentation du niveau des mers, ce qui expose les habitants des zones côtières à toutes de danger.

En réalité, Haïti fait partie des pays au monde les plus vulnérables face au changement climatique même s’il ne fait pas partie des grands pollueurs. L’absence de mesures efficaces, notamment la mise œuvre de stratégies climato-intelligentes, fait croire que les solutions ne sont pas pour demain.

D’un autre côté, le Dr Newdeskarl St-Fleur a présenté le risque sismique. Il a non seulement expliqué aux participants l’origine de la formation des tremblements de terre, mais aussi il a fait une présentation détaillée de la sismicité du pays et de toute la région caribéenne. Le Dr St Fleur a rappelé la présence de plusieurs failles actives dans le pays. En ce sens, Haïti doit continuellement se préparer à faire face aux séismes.

La deuxième intervention de la journée a été assurée par Vovener Edmond. Pour ce dernier, il était question de présenter les différents mécanismes de lutte du pays contre le changement climatique. Pour cela, M. Edmond a rappelé les différents documents déjà élaborés par le pays, soit pour l’atténuation soit pour l’adaptation, en vue de contrecarrer le phénomène, depuis la Contribution prévue déterminée au niveau national (CPND) en 2015 jusqu’à la Politique nationale de lutte contre les changements climatiques (PNCC).

L’intervenant a mis l’accent  sur la PNCC récemment publiée, soit en 2019, par le ministère de l’environnement (MdE). L’élaboration de la PNCC, entamée en 2016, est le résultat d’une grande concertation et d’un consensus, avec entre autres la participation des organisations de la société civile.

« C’est un outil indispensable », a fait savoir l’intervenant, qui permettra d’orienter et de coordonner les actions tant d’adaptation que d’atténuation à l’échelle nationale. En d’autres termes, c’est un effort de mettre les enjeux liés aux changements climatiques au cœur des politiques publiques.

La PNCC repose sur quatre grands piliers, notamment le principe du financement climatique endogène, et de quinze grandes mesures qui doivent aider le pays à faire face au changement climatique.

Jean Pharès Jérôme a, quant à lui, intervenu sur la nécessité d’une presse environnementale en Haïti. Passant en revue les différents aléas déjà présentés par les deux premiers intervenants, M. Jérôme, a clairement montré aux participants qu’on ne peut plus attendre pour que la presse s’engage véritablement pour l’environnement.

Le constat est que le public ne s’intéresse pas trop à l’information environnementale diffusée par les médias. Jean Pharès Jérôme s’intéressait de comprendre comment les journalistes peuvent contribuer à changer la donne. Et selon lui, l’un des plus grands moyens est d’essayer la répétitivité de ces informations dans les médias. En effet, plus le public entend un sujet il a tendance à s’y intéresser.

Pour faire suite à l’intervention de M. Jérôme et mettre fin à l’atelier, les participants ont été divisés en plusieurs groupes pour réfléchir sur plusieurs questions, notamment « Comment porter le public à s’intéresser aux informations environnementales ? ». Tout un ensemble de recommandations ont été faites par les journalistes qui ont participé à cet atelier lesquelles seront prises en compte par l’ACLEDD pour continuer sa lutte pour l’établissement d’une presse environnementale forte en Haïti.