Ouverture de la COP25 à Madrid, Haïti tentera d’y faire bonne figure

Credit photo: CCNUCC

Début en fanfare ce lundi 2 décembre 2019 à Madrid de la 25e Conférence des Nations unies sur le changement climatique. Inquiétudes sur les grandes décisions et d’ambitions revues à la hausse par rapport aux engagements des parties dans un contexte d’état d’urgence climatique décrété depuis belle lurette par les scientifiques et instances concernées. Comme d’habitude, Haïti sera présent, prendra part aux négociations et tentera de faire bonne figure, à défaut d’être totalement à la hauteur des enjeux.

10h30 : heure locale. Il fait froid à Madrid. Pas trop quand même pour ne pas mettre les pieds dehors ni pour aller traîner dans les parages de IFEMA – gigantesque centre de convention de 113 000 mètres carrés – où a lieu la cérémonie d’ouverture de la COP25 – dans le hall 10 (zone bleue) – en présence des centaines de délégations nationales, ONG, journalistes ainsi qu’une quarantaine de chefs d’État.

La conférence de Madrid débute par des appels urgents lancés de tous bords pour que des progrès sérieux soient accomplis dans le domaine de l’action climatique au cours des deux prochaines semaines.

Un brin optimiste, Teresa Ribera, ministre espagnole de l’Environnement, soutient que «la COP 25 est le premier sommet d’un nouveau cycle porté par la nécessité de mener des actions climatiques plus ambitieuses».

L’ONU Environnement estime que l’humanité devra réduire de moitié ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, pour garder un espoir de limiter la hausse des températures mondiales à +2 °C, voire + 1,5 °C, soit l’objectif de l’accord de Paris.

En marge de la cérémonie d’ouverture, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a rappelé aux délégués à la COP25 que l’objectif principal de la conférence était de progresser sur des points clés, notamment sur l’article 6 de l’Accord de Paris sur les marchés du carbone et de continuer à stimuler l’ambition en vue de la préparation de plans d’action nationaux et révisés pour le climat, prévus pour l’année prochaine.

« Nous devons enfin démontrer que nous sommes sérieux dans notre engagement à mettre fin à la guerre contre nature, que nous avons la volonté politique d’atteindre la neutralité en carbone d’ici 2050 », a déclaré António Guterres qui, face aux impacts du changement climatique devenant de plus en plus dangereux et évidents, estime que la COP25 doit transmettre au monde une ferme détermination à changer de cap.

À un an avant la tenue de la très attendue COP 26 de Glasgow, en décembre 2020, le chef des Nations unies presse tous les gouvernements à revoir leurs plans d’action nationaux pour le climat – leurs contributions déterminées au niveau national (CND) – avec l’ambition nécessaire pour faire face à l’urgence climatique au cours des 12 prochains mois jusqu’à la COP26.

Pour l’instant, seuls 68 pays sur les 197 membres de la Convention-cadre des Nations unies se sont engagés à présenter de nouvelles «contributions nationales» plus ambitieuses.

Qu’à cela ne tienne ! António Guterres a quand même appelé les pays riches – les gros pollueurs – à faire en sorte que les pays en développement disposent d’au moins 100 milliards de dollars par an pour des mesures visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à renforcer la résilience face au changement climatique.

Très exposé aux aléas climatiques, Haïti participe à cette 25e Conférence des Parties avec une délégation intersectorielle constituée d’une quinzaine de représentants issus des ministères sectoriels, de la société civile et des partenaires techniques et financiers.

À l’instar de « Don Quichotte », Haïti entend s’allier aux pays qui sont les moins responsables du dérèglement climatique pour « soutirer »  les soutiens financiers nécessaires afin de faire face aux pertes et dommages liés aux changements climatiques.

Sous la houlette du ministre haïtien de l’Environnement,  Joseph Jouthe, qui a raté la cérémonie d’ouverture ce lundi, la délégation d’Haïti défendra durant le cycle des négociations cinq priorités, à savoir : finalisation du recueil de règles pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris, plus précisément les questions relatives aux démarches favorisant l’atténuation, l’adaptation et le développement durable ; demande aux pays développés de rehausser leurs ambitions de réduction de gaz à effet de serre et de respecter leurs engagements financiers dans le cadre du Fonds vert pour le climat et de doubler leurs promesses pour le renflouement en cours dudit fonds ; renforcement du mécanisme de Varsovie sur les pertes et préjudices en mettant l’accent sur sa fonction d’actions et de soutien aux pays en développement ; renforcement des capacités techniques et institutionnelles des pays en développement pour des actions d’envergure et plus efficaces dans la lutte contre les changements climatiques ; et enfin, allègement les procédures d’accès au Fonds vert pour le climat et création d’une fenêtre de financement spéciale pour les pertes et dommages liés aux changements climatiques.

Par ailleurs, si des observateurs misent déjà sur le fait que la COP25 ne devrait pas, a priori, déboucher sur de grandes décisions, elle n’en demeure pas moins anecdotique, voire exceptionnelle. Pour deux raisons. La première raison touche directement le contexte de son organisation. En effet, initialement prévue au Brésil, elle a été fourguée par le Chili après le refus du président brésilien Jair Bolsonaro de ne plus l’accueillir. Elle a été  finalement refourguée à l’Espagne, à un mois de la date d’ouverture, par le gouvernement chilien incapable de surmonter les protestations sociales.

En laissant la présidence officielle de cette COP au Chili, particulièrement à la ministre chilienne de l’Environnement, Carolina Schmidt, le gouvernement espagnol a sans nul doute créer un précédent où ce sont les femmes qui tiennent la barre avec la secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies sur le changement climatique, Patricia Espinosa, et Teresa Ribera, ministre espagnol de l’Environnement.

C’est peut-être cette seconde raison qui aurait motivé le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, à souligner, dans son discours d’ouverture, l’importance des femmes dans l’action climatique. Le PM Sanchez a en effet rendu hommage à une femme scientifique américaine qui, en 1856, a été la première à identifier l’effet de réchauffement du CO2.

Quoi qu’il en soit, un total de 29 000 personnes assistent au sommet. Parmi eux, 1500 journalistes accrédités, une quarantaine de chefs d’État sans oublier les 196 délégations ainsi que les représentants de haut niveau de l’Union européenne et d’autres organisations internationales.

Patrick SAINT-PRE