Après le renoncement du Chili, la COP25 sur le climat peut-elle être organisée ailleurs ?

An anti-government protester walks away from the spray of a police water cannon in Santiago, Chile, Tuesday, Oct. 29, 2019. Tuesday is the 12th day of demonstrations that began with youth protests over a subway fare hike that transformed into a leaderless national movement demanding greater equality and better public services in a country long seen as an economic success story. (AP Photo/Esteban Felix)

En raison des troubles sociaux qui agitent son pays, le président chilien a annoncé l’annulation de la conférence de Santiago, prévue du 2 au 13 décembre.

Le Chili renonce à organiser la Conférence mondiale sur le climat COP25 qui devait se tenir en décembre, ainsi que le sommet du forum de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) – il réunit une vingtaine de pays riverains du Pacifique – en raison du mouvement de contestation inédit qui agite le pays, a annoncé le président de la République, Sebastian Piñera, mercredi 30 octobre.

« C’est avec un profond sentiment de douleur, parce que c’est douloureux pour le Chili, que notre gouvernement a décidé de ne pas organiser le sommet de l’APEC (…), ni celui de la COP25 », a déclaré le chef de l’Etat conservateur.

Le sommet de l’APEC devait avoir lieu à Santiago les 16 et 17 novembre et la COP25 du 2 au 13 décembre. Le président américain, Donald Trump, avait laissé entendre, lundi, que la signature d’un accord commercial avec Pékin pourrait avoir lieu avant le sommet de l’APEC.

Quant à la COP, cette annulation de dernière minute, inédite dans l’histoire des négociations climatiques, risque de freiner la dynamique des efforts dans la lutte contre le dérèglement du climat. Le Chili avait accepté d’accueillir et de présider la COP25 en décembre 2018, après le retrait de la candidature du Brésil par son président climatosceptique, Jair Bolsonaro. Depuis, le pays se préparait activement à l’organisation de cet événement annuel, qui devait rassembler environ 25 000 personnes, dont des chefs d’Etat et de gouvernement, des ministres, des délégués et des représentants de la société civile.

La COP peut-elle être organisée ailleurs ?

La secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), Patricia Espinosa, prise de court, a déclaré dans un communiqué « explorer des solutions alternatives ».

Plusieurs options pourraient être sur la table : organiser la COP à Bonn (Allemagne), où se trouve le siège de la CCNUCC, ou dans un pays tiers – ce qui paraît improbable –, avec quelques semaines ou mois de retard ; la regrouper avec la prochaine session de négociations climatiques de Bonn en juin ; ou l’annuler purement et simplement.

« L’organisation d’un événement d’une telle taille et d’une telle importance ne s’improvise pas : cela nécessite des mois de préparation, au mieux une année, pour régler les problèmes logistiques, construire un vaste centre de conférence et trouver les capacités d’hébergement », rappelle Paul Watkinson, président de l’organe de conseil scientifique et technologique de la CCNUCC.

Au-delà du pays hôte, se pose la question de la présidence de la COP, jusqu’à présent confiée à la ministre de l’environnement chilienne Carolina Schmidt. Il s’agira de voir si cette présidence est maintenue ou transmise à un autre pays, ce qui pourrait affaiblir toute velléité de leadership politique fort.

La COP25 est vue comme une étape intermédiaire avant la COP26 qui se tiendra à Glasgow (Royaume-Uni) en décembre 2020, durant laquelle les Etats doivent soumettre de nouveaux plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre plus ambitieux – alors que les promesses actuelles des Etats mettent la planète sur une trajectoire de plus de 3 °C de réchauffement.

« Cela complique la tâche des négociations climatiques, et tout le mouvement lancé avec le sommet de New York, en septembre, pour augmenter les efforts des pays. Le Chili était l’occasion de créer un nouveau moment politique pour mettre la pression sur les Etats et les inciter à revoir à la hausse leurs engagements. Cette occasion disparaît, du moins temporairement », regrette un connaisseur du dossier. (Lire la suite sur:https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/10/30/secoue-par-une-violente-crise-sociale-le-chili-renonce-a-organiser-la-cop25_6017460_3244.html)