COP 14- Discours du ministre Joseph Jouthe : « La lutte contre la dégradation des terres en Haïti fait partie des priorités nationales »

Nous publions in extenso le discours du Ministre de l’Environnement d’Haïti, l’ingnieur Joseph Jouthe qui, à la tête d’une délégation de quatre personnes, participe à la 14ème Conférence des Parties de la Convention Cadre des Nations Unies sur la Lutte Contre la Désertification qui se déroule à New Delhi, Inde du 02 au 13 septembre 2019.

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire Exécutif

Mesdames, Messieurs, les Ministres et chefs de délégations,

Distingués délégué(e)s,

Mesdames, Messieurs représentants des artenaires techniques et financiers,

Presse parlée,  en ligne, écrite et télévisée,

Mesdames Messieurs,

J’ai l’honneur d’exprimer ma gratitude au nom du Peuple Haïtien et du Président de la République d’Haïti, Son Excellence Monsieur Jovenel Moïse, à l’égard du gouvernement et au peuple de la République de l’Inde, et en particulier à la ville de New Delhi, pour l’accueil chaleureux et l’hospitalité reçus, ainsi qu’au Secrétariat de la Convention pour ses inlassables efforts pour la pleine réussite de cette Quatorzième Conférence des Parties (COP-14). Mes remerciements vont aussi aux partenaires techniques et financiers qui appuient la mise œuvre des actions adressant la problématique de la dégradation des terres et de la sécheresse constituant un frein au développement de la plupart des pays parties de la Convention dont Haïti.

Mesdames, Messieurs,

La lutte contre la dégradation des terres en Haïti, fait partie des priorités nationales; en témoignent les différentes initiatives entrain d’être implémentées. Cette lutte s’inscrit, entre autres, dans une dynamique de concrétisation de l’ODD 13.15. Elles s’harmonisent également avec l’un des piliers du plan stratégique pour le développement du pays (PSDH). En Haïti, la dégradation des terres doit être cernée au travers d’un prisme combinant divers aspects dont :

Premièrement, la problématique foncière constitue un handicap majeur pour les travaux de restauration et de conservation des sols. En effet, plus d’un million d’exploitants agricoles connaissent une faible sécurité foncière qui porte préjudice à toute initiative d’aménagement durable de cette ressource indispensable. En conséquence, la gestion durable des terres ne représente qu’un souci secondaire.

Deuxièmement, une gouvernance caractérisée notamment par une certaine précarité séculaire, une faiblesse dans la protection des terroirs agricoles, le gouvernement auquel j’appartiens sous le leadership du Président Jovenel Moise en est bien conscient et en conséquence l’insère dans ses priorités d’actions de manière que les sols haïtiens récupèrent au fur et à mesure, leurs caractéristiques nourricières.

Troisièmement, la dégradation des terres résultant, entre autres, de l’occurrence du passage d’ouragans majeurs ,entraine des déplacés spectaculaires et des crises socio économiques aigues. En témoigne, le déplacement forcé de 175000 personnes lors du passage du cyclone Matthew en 2016.

Quatrièmement, (i) Contribuer à la valorisation des ressources naturelles (sols, eaux et plantes) et à l’amélioration des conditions de vie des agriculteurs et la résilience des communautés aux changements climatiques.  En ce sens, un projet de 300 systèmes de pompage de l’eau par le solaire photovoltaïque est lancé par le Gouvernement haïtien. 45 pompes solaires sont en phase d’acquisition et d’installation à partir de financement du Trésor public et de certains partenaires dont le Gouvernement taïwanais; (ii) renforcer le plan foncier de base permettant de répondre de manière urgente au problème de la sécheresse; (iii) élaborer et mettre en œuvre le programme de Profil environnemental du pays; (iv) mettre en œuvre la Politique forestière d’Haïti; et (iv) renforcer la SYNERGIE entre les partenaires de la Coopération Internationale et le Gouvernement a travers le respect des engagements financiers des pays développés pour alimenter le Fonds vert climat et un nouvel objectif en matière de financement climatique tel que stipulé dans l’Accord de Paris.

Mesdames, Messieurs

Concrètement, les efforts pour la restauration des terres pour l’État haïtien marchent de paire avec ceux de l’éradication de la pauvreté et de la lutte contre les effets néfastes des changements climatiques. Pour preuve dans la Contribution Déterminée au niveau national (CDN) – document stratégique pour adresser la problématique d’un développement durable et sobre en carbone -, l’une des mesures d’adaptation envisagées c’est d’arriver à la restauration d’ici 2030, de quinze (15) des 30 bassins versants dégradés formant le territoire nationale. Parallèlement des programmes cohérents de reforestation ordonnés avec les communautés locales sont envisagés de façon prioritaire. Par ailleurs, la diffusion de bonnes pratiques agricoles et la promotion de systèmes agroforestiers climato-intelligents sont prévus d’être implantés dans une perspective de rétablir l’équilibre environnemental, de constituer des barrières vivantes à la dégradation des sols, de créer des opportunités de richesse et d’améliorer les conditions de vie des communautés locales, enfin de contribuer à l’amélioration de la sécurité alimentaire.

Depuis déjà 2 ans, le Gouvernement haïtien s’investit et investit dans le développement de centres de propagation végétale communément appelés centres de germoplasme à travers les 10 départements du pays dans l’optique de constituer en permanence des viviers en vue d’accompagner des producteurs, des ONG, des organisation de base, des écoliers dans le développement des initiatives citoyennes de reboisement, d’afforestation et des plantations économiquement rentables sur le moyen et long terme.  Aussi, le Gouvernement haïtien travaille-t-il dans la mise en place de plusieurs banques de semences de qualité à travers tous les départements du pays.  Une première banque de semence est déjà en construction dans le Nord-est d’Haïti, encore à partir d’un financement de la République Chine (Taïwan).

Je dois souligner qu’en Haïti l’économie repose sur le “dos” des femmes, c’est pourquoi nous travaillons pour rendre les femmes plus autonomes, au bénéfice des communautés les plus vulnérables.

Toutes ces initiatives sont géoréférencées de manière à pouvoir évaluer systématiquement les efforts accomplis en termes de rétablissement de l’équilibre environnemental et en même temps quantifier la masse de carbone séquestré lié à la réduction d’émission de gaz à effet de serre. Ces initiatives sont en parfaite adéquation avec les messages clés du dernier rapport spécial du GIEC sur les changements climatiques et l’utilisation des terres. En effet celui-ci reconnait non seulement la pression que subissent  les terres, mais aussi et surtout leur importance dans la réduction des émissions de GES, la sécurité alimentaire et la préservation de la biodiversité.

Sur le plan Institutionnel, un mécanisme interinstitutionnel et multisectoriel est sur le point d’être constitué de manière à approcher de façon coordonnée, synergique la question de la lutte contre la désertification, la protection, la restauration de la biodiversité et la lutte contre les changements climatiques. Ce mécanisme au niveau central est prévu d’être répliqué à l’échelle départementale.

Les universités tant publiques que privées sont aussi impliquées pour se pencher sur des aspects de formation de recherche et de renforcement des capacités nationales.

Dans la même veine, l’une des initiatives phares englobant les thématiques de restauration des terres et de la biodiversité vient de toucher à sa fin au cours d’une première phase. Une seconde initiative est à ses débuts au niveau de la plus grande aire protégée du pays qui est le parc Macaya déclaré par l’UNESCO depuis l’année 2016 “Réserve de la biosphère”, et bénéficie du co-financement de la BID, de la Norvège et du GEF.

De nombreuses autres initiatives portant sur la gestion conservatoire de l’eau et de la fertilité des sols menées dans les 10 départements du pays, et soutenues par des agences internationales accompagnatrices de développement, ne sont pas négligeables. J’en profite pour les remercier.

Mesdames Messieurs,

Il reste néanmoins fondamental que les efforts d’Haïti bénéficient davantage de l’appui de la communauté nationale en raison même des méfaits climatiques qu’elle subit de manière récurrente. L’État haïtien au lieu d’investir dans des initiatives de développement durable et celles encore plus conséquentes de restauration des terres se voit souvent obligé de panser à chaque fois des déchirures écologiques se traduisant par la perte massive des sols, la déperdition des ressources forestières garant de l’intensification de différents services écosystémiques.

Espérant que cette COP14 sur la désertification contribue davantage aux différents pas pertinents déjà franchis dans la lutte contre la désertification et la sécheresse au profit des principales communautés affectées, je vous remercie tous.