ECSSA montre la voie dans le recyclage du plastique

Pour protéger l’environnement haïtien des déchets plastiques qui jonchent les rues de villes, il existe des moyens de les recycler et générer des revenus. L’Environnemental cleaning solution S.A. (ECSSA) prouve en effet que le plastique, même s’il est nocif, offre d’énormes opportunités économiques. Pour la sixième sortie de l’émission Haïti Climat, Édouard Carrié, PDG de l’ECSSA, partage ses expériences dans le domaine du recyclage des bouteilles plastiques.

Environnemental cleaning solution (ECSSA) est une société anonyme évoluant dans le domaine du recyclage des déchets. L’idée de cette entreprise, explique son PDG Edouard Carrié, provient du fait que, lors du séisme meurtrier du 12 janvier 2010, les déchets pullulaient là où les victimes devraient être internées. «Cela m’a dérangé. J’ai commencé à rechercher des pistes de solutions à la pollution des déchets plastiques», a-t-il confié, ajoutant qu’il s’est donné pour objectif d’éliminer les bouteilles plastiques dans nos rues.

De retour d’un stage dans le domaine du recyclage qu’il a bénéficié aux États-Unis d’Amérique, Édouard Carié a décidé de mettre au service du pays ce qu’il a appris. Pour y parvenir, le PDG de la compagnie a entamé des campagnes de sensibilisation pour inciter les gens à collecter des bouteilles en plastique. En retour, il leur achète les bouteilles. «Je m’occupe ensuite de leur transformation et de leur exportation à l’étranger», a fait savoir Édouard Carrié.

Amassant plus d’un million de bouteilles chaque jour, ECSSA dispose de 160 centres à travers le pays. « Nous pouvons encore grandir », croit Édouard Carrié qui souhaite éliminer les bouteilles dans les rues d’Haïti.

«Nous permettons aux gens de gagner de l’argent et d’améliorer leurs conditions de vie. Avec le ramassage de ces bouteilles, nous protégeons aussi le milieu ambiant et freinons des problèmes sanitaires provoqués par la combustion des bouteilles», se vante-t-il. Aussi, ECSSA aide à empêcher la contamination des milieux marins, notamment des fruits de mer.

L’ECSSA rassemble plus 45 mille livres de bouteilles chaque jour (à raison de 22 bouteilles pour un livre). L’entrepreneur se dit satisfait de sa performance puisqu’il arrive à collecter 27% des quatre à cinq millions de livres de bouteilles produits par mois en Haïti. «Nous venons de parapher un accord avec la Brasserie nationale d’Haïti (BRANA) qui entend renforcer sa capacité. Avec ce partenariat, on devrait passer de 27% à 60% de bouteilles collecter sur le territoire national», s’est réjoui le PDG de la compagnie de recyclage.

Donner une nouvelle vie aux déchets plastiques

Les bouteilles récupérées peuvent être transformées en plusieurs autres objets utiles. «Mes clients peuvent transformer les bouteilles en tissus pour produire des maillots. On peut même les utiliser pour confectionner des meubles», souligne Édouard Carrié qui est devenu un véritable expert dans le recyclage. On peut transformer le plastique sous forme d’élastique, de bois, ajoute-t-il, relatant qu’on peut toujours réutiliser les bouteilles, etc.
Certaines compagnies de la mode achètent des bouteilles en plastique afin de produire des baskets, selon M. Carrié, louant la durabilité et l’imperméabilité du plastique qui peut se transmuter.

Au début il était difficile pour le responsable de l’ECSSA de trouver un personnel qualifié, disposant des compétences nécessaires au fonctionnement de l’entreprise. «Le recyclage est jusqu’ici un domaine méconnu en Haïti. Dès le début, j’ai fait appel à des consultants étrangers qui ont analysé la situation, évalué la qualité des produits et des équipements de l’entreprise, avant de formuler des recommandations», a témoigné l’entrepreneur. À partir de là, a-t-il enchaîné, j’ai pu trouver des gens à même de travailler au sein de l’entreprise.

Actuellement, l’ECSSA emploie 32 personnes. Des milliers d’autres vivent aussi indirectement de l’entreprise. À Édouard Carrié de préciser : «Certains collecteurs gagnent jusqu’à 100 mille gourdes sur un mois. Une fois que les plus aguerris des collecteurs comprennent le secteur, ils rouvrent leurs centres un peu partout et achètent des bouteilles pour les revendre. En principe, un collecteur devrait pouvoir empocher entre 16 à 20 mille gourdes par mois, si chaque jour il s’attèle dans son travail.

Les défis liés au recyclage

En dehors de l’instabilité politique qui entrave la performance de l’entreprise, elle est confrontée à d’autres défis, notamment le manque d’éducation de la population dans le domaine. «Le recyclage passe d’abord par le tri selon la qualité des produits et de leurs couleurs. Une bouteille d’eau est d’une autre qualité par rapport à une bouteille de shampoing. Une bouteille d’eau peut être de la même qualité que celle d’une boisson, pourtant, elles diffèrent par leur couleur et ont chacune leur valeur (monétaire)», a détaillé le numéro un de l’entreprise.

Pour expliquer aux collecteurs que la différence permet de gagner plus ou moins, l’ECSSA a dû entreprendre des séances de formation leur permettant de maîtriser les rudiments du système de recyclage.

L’ECSSA en vase clos ?

L’ECSSA ne travaille pas dans un environnement isolé. Fort de son expérience, cette entreprise a établi des partenariats avec de grandes marques. C’est le cas de HP (fabricateur d’ordinateurs) qui produit, à partir du plastique des bouteilles, des cartouches à encre pour les imprimantes. En partenariat avec ce producteur des outils technologiques de pointe, l’ECSSA tend à renforcer sa capacité de collecter davantage de bouteilles car, a a fait savoir M. Carrié, cette entreprise à la capacité d’acheter toutes les bouteilles en plastique utilisées en Haïti.

Avec «For Ocean» qui lutte pour la protection des océans, l’entreprise de recyclage joue un rôle de représentant. «Leur objectif est de créer en Haïti des emplois relatifs au nettoyage des océans», a garanti l’entrepreneur. D’un autre côté, il a indiqué que l’un de ses meilleurs clients est l’usine Tred, qui fabrique des tissus ou des maillots avec du plastique. Cette usine revend ses produits à des géants de la mode comme Ralph Laurent.

Cependant, les dernières mesures de la Chine relative à l’importation des matières plastiques (des lois de qualité), ont affecté l’entreprise qui fête bientôt sa décennie. À quelque chose, le malheur est bon. «Cela est devenu une opportunité parce que c’est cette mesure qui m’a poussé à me rendre aux États-Unis pour rechercher des clients», a-t-il confié. Ainsi M. Carrié a-t-il rencontré la plupart de ses clients, dont HP et Tred.

Investir dans le recyclage est néanmoins coûteux. Édouard Carrié ne dira pas le contraire : «Les équipements ne sont pas bon marché. C’est dans le cadre du partenariat avec HP qu’on va bénéficier d’une enveloppe d’environ deux millions de dollars pour des équipements.» Moi-même de mon côté, je ne pourrais me procurer ce matériel, admet-il. Par ailleurs, mettre sur pied une telle entreprise implique de disposer entre autres des camions, des infrastructures adéquates pour recevoir les matières, les équipements adaptés et les ressources humaines pouvant se servir des appareils.

Depuis 2010, l’ECSSA a exporté plus de 60 millions livres de plastique. «J’en suis fier», s’est réjoui Edouard Carrié qui se dit satisfait de ses huit ans de sacrifice. Ce qui a valu la reconnaissance internationale à sa compagnie qui devrait tripler sa croissance d’ici 2020. «Je vois où je vais à présent», a-t-il confié, avant d’assurer que le recyclage est une solution à la pollution plastique. Lire la suite(https://lenouvelliste.com/article/204317/ecssa-montre-la-voie-dans-le-recyclage-du-plastique)

Caleb Lefèvre