Platon Cèdre dans le viseur des agriculteurs

Une étude du ministère haïtien de l’Agriculture  publiée en 1981, montre que « près de 20% des sols de montagne étaient sur le point de ne plus pouvoir être utilisés à des fins agricoles. 30% étaient sérieusement menacés et risquaient d’être perdus si rien n’est fait pour les protéger ». Ce problème est l’une des causes de l’insécurité alimentaire en Haïti. À Platon Cèdre, petite localité située sur les hauteurs d’Anse-à-Pitres, commune du département du Sud-est, le tableau reflète la même réalité.

Platon Cèdre, jadis château d’eau, zone agricole verdoyante et florissante, est devenu aujourd’hui, une zone déserte… un vaste terrain caillouteux couvert d’alluvions. L’agriculture sur ce plateau est quasi-inexistante depuis l’inondation qui s’était abattue sur Mapou en mai 2004 et qui avait dévasté les terres cultivables.

Impuissants devant l’ampleur de la situation environnementale de la zone, les habitants appellent à l’aide.

Mercidieu Petit-Homme, la soixantaine vigoureuse, agriculteur alerte, n’en revient toujours pas de l’état de son petit coin de terre natale .  « La nature s’est retournée contre nous. Nous sommes si seuls. On n’a plus d’animaux, plus de terre à cultiver, pas même un toit solide sur notre tête. Chaque jour qui passe nous enterre dans la misère. La rivière ici fait ce qu’elle veut », se désole-t-il. Petit-Homme souhaite la construction de structures pouvant protéger le peu qui reste à Platon Cèdre. Que faudrait-il? Des murs secs, des gabions, des rampes vivantes pour dompter les eaux furieuses, le reboisement pour que la vie se régénère dans ce plateau.  

Debout dans le lit d’une rivière asséchée, l’agriculteur pointe l’index en direction de l’espace occupé par le cours d’eau de manière saisonnière. Boue, alluvions et gravats s’entassent par-ci par-là et effacent toute trace de plantations. Qui eut dit que dans cet espace brûlé par le soleil et qui fait place à des pierres que le maïs poussait, que des plantations de bananes formaient des îlots de verdure ici et là, que des tubercules et autres plantes herbacées étendaient la ligne verte jusqu’à de grandes distance de marche.  Petit-Homme, ne se laisse pas allé au découragement ambiant qui règne dans ces lieux désertés, il tente sa chance ailleurs, vers des terres cultivables situées dans les hauteurs de la localité de Bonite, à une heure de marche de Platon Cèdre.

Flavie Jean Baptiste, une agricultrice comme Petit-Homme, suit la même démarche : poursuivre ses activités agricoles loin de (Twou malè), zone rebaptisée par les paysans depuis la catastrophe environnementale qui a emporté des centaines de vies parmi eux. Revenue de son champ, à Bonite, panier en équilibre sur la tête, machette en main, la jeune paysanne a l’air de jouer à la marelle pour se frayer un chemin entre des blocs de pierres massues et de la boue séchée. Chaque fois qu’elle va au champ, elle reprend ce même exercice. « C’est insupportable ! On ne marche pas. On passe son temps à grimper sur ces pierres et à s’enfoncer dans la boue. Ce n’est pas une vie.  Regardez, il ne nous reste rien ici. Nos arbres, nos champs, nos bétails, nos maisonnettes, notre belle verdure… tout a disparu. Il ne nous reste que peine et misère », dit Flavie. Elle s’arrête un instant pour reprendre son souffle.

Des activités liées à la mitigation

Flavie et Petit-Homme font partie de cette catégorie de paysans qui ne veulent pas baisser les bras. Depuis le mois de février 2017, ils prennent part à des activités liées à la mitigation, autrement dit, ils mettent la main à la patte pour diminuer les risques et désastres dans les zones vulnérables. Leur lot au quotidien, depuis que le coordonnateur du projet du PNUD dans le Sud’est, l’agronome Jean-Pierre Aladin, les a recrutés, consiste à récupérer des terres dégradées, transporter des pierres, construire des murs secs…. Ils se mêlent pendant une quinzaine de jour, à chaque fois, à un grand ‘’kombit’’ que le Programme des Nations-Unies pour le Développement PNUD a implanté dans le Sud’est.

L’agronome Aladin s’enorgueillit que le Programme des Nations-Unies pour le Développement avec son projet baptisé « De la montagne à la mer » arrive à faire vivre des centaines de familles agricoles. Cette nouvelle approche du PNUD lancée depuis 2015, explique l’agronome, génère des revenus pour des agriculteurs comme Flavie et Petit-Homme qui ont connu les mêmes déboires que les habitants des localités où le projet de mitigation est exécuté : Belle-Anse, Anse-à-Pitres, Grand-Gosier et Thiotte. Ce projet, fait-il remarquer, encadre ces habitants qui cultivent dans les montagnes.

Selon une étude de l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)  publiée en 2001, « Près de 63% des exploitations agricoles ont une pente supérieure à 20% et seulement 29% accusent une pente de moins de 10% ». 

Nos deux agriculteurs, Flavie et Petit-Homme, sont parmi ceux-là qui exploitent les terres pentues pour joindre les deux bouts. Mais chaque jour qui passe, ils nourrissent le rêve de revenir sur leur parcelle, à Platon Cèdre.

Louiny FONTAL